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L'église moderne

Charbonnières et ses églises

Au début du XXème siècle, le problème majeur que posait l’église résidait dans sa capacité d’accueil qu’il était urgent de régler. Un architecte mandé par le conseil de fabrique propose deux solutions :

Évidemment la tentation est forte pour le premier projet, mais la raison bassement matérielle du financement l’emporte et on se résigne pour le second. Un plan d’agrandissement est établi aussitôt mais compte tenu de l’importance des travaux, une autorisation de l’administration est obligatoire pour les exécuter. Cependant, sans l’attendre, la fabrique commence à rechercher des fonds.
La souscription lancée parmi la population est un succès, tout le monde y participe selon ses moyens, les dons en centimes voisinent avec ceux de plusieurs milliers de francs, cette première collecte rapporte 62300 francs. Dans le même temps on entreprend les démarches auprès du gouvernement en vue d’obtenir un secours de 30 000 francs qui solderait la dépense.

Bien que fournissant la plus grande partie des fonds et que la loi lui confie le droit et la charge de diriger les travaux, le conseil de fabrique s’engage à remettre le bâtiment réparé et agrandi en pleine possession de la commune, sans réserve, quelle qu’ait été sa participation, sans aucun droit de propriété ou d’usufruit que ceux que lui confère la loi sur les bâtiments affectés à la célébration du culte catholique.

Le projet est alors soumis au ministre des Cultes qui l’adoptera à condition qu’une diminution de la dépense prévue, ou à défaut sur celles à prévoir, soit réalisée. On refait les comptes et on présente un nouveau devis inférieur de 10000 francs qui est approuvé. Une deuxième souscription rapporte encore 9756 francs qui, ajoutés à la première et au secours de l’État couvre la totalité de la dépense.

Mais si le financement est assuré, il n’en est pas de même du chantier qui se révèle plus important que les prévisions ne l’avaient laissé prévoir. On constate que les terrains sur lesquels doit être construit le prolongement de l’église sont en grande partie composés de sable et d’eau, même des sondages très profonds n’ont pas trouvé de sols suffisamment solides. Il ne sera pas possible de poser des fondations ordinaires, mais il faudra augmenter le volume de béton et établir des chaînages en fer, d’où un supplément de 5000 francs que la fabrique prendra en compte.
Les travaux commencent le 17 avril 1899 et, comme prévu, fouilles et fondations présentent beaucoup de difficultés en raison de la mobilité des sols due aux nombreuses sources qu’il faut dévier ; mais passé ce stade délicat, le bâtiment va s’élever rapidement. Plusieurs sortes de pierres sont utilisées : de Saint-Cyr pour les allèges de bases de fondation, de Villebois pour les socles des piliers intérieurs, de Tournus pour les bases et les chapiteaux des piliers isolés, des Estaillades pour les croisées et de Saint-Just pour les arcs.

La première pierre est solennellement bénite le 27 août 1899 au milieu d’un grand concours de population par Monseigneur Déchelette, protonotaire apostolique, vicaire général délégué de son Éminence le Cardinal Couillé, archevêque de Lyon. Autour de l’officiant sont groupés les membres du conseil de fabrique, les membres du Conseil Municipal, de nombreux ecclésiastiques et de notables. Le double du procès-verbal est déposé dans la première pierre bénite qui est à la base de la colonne séparant le transept du chœur, côté de l’Evangile.
En 1900, les travaux sont terminés, l’église est bénite le 15 août.

En moins d’un an, une église avait jailli de terre, comme un grand lys poussé et fleuri en une nuit de mai... En l’an mil neuf cent, en la fête de l’Ascension de la Bienheureuse Vierge Marie, le 15 août, en la présence de Monsieur le Maire et d’une délégation du Conseil Municipal, en la présence du Conseil de fabrique, de Monsieur l’abbé Berlier, curé de la paroisse et promoteur de l’œuvre, l’église de Charbonnières-Les-Bains a été bénite par Monseigneur Déchelette, vicaire général, archidiacre de Lyon ; le maître-autel, précieux souvenir de Notre-Dame de Fourvière où il fut l’autel principal de la chapelle de Saint-Thomas, maintenant transféré et pieusement reçu, a été consacré sous le vocable de l’Assomption de la Très Sainte Vierge, patronne de la paroisse, par son Éminence le Cardinal Pierre-Hector Couillé, Cardinal-prêtre de la Sainte Église romaine, au titre de la Trinité-des-Monts, Archevêque de Lyon et de Vienne, Primat des Gaules, assisté par Monseigneur Déchelette, vicaire général, et Monsieur le Chanoine Barbier, Supérieur de Vernaison.

En janvier 1901, lors de l’examen du bilan de l’opération, le conseil de fabrique constate un excédent de dépense de 11994,60 Fr. Il sera résorbé par un secours de 8000 francs accordé par l’État et par une partie des rabais d’adjudication.
Parmi les archives paroissiales, desquelles cette histoire est extraite, figurent de nombreux devis, mémoires, situations, procès-verbaux du conseil de fabrique, mais pas un seul plan, pas même un croquis coté qui aurait permis de situer les modifications apportées à l’ancien bâtiment. On y trouve seulement quelques dessins d’architecte sur papier Canson qui représentent une église avec son clocher, sans doute celle que Charbonnières n’a pu s’offrir.

Toutefois l’un de ces dessins représente un plan de l’église dont les murs de la partie nord qui englobent le chœur, l’abside, le transept et les chapelles sont teintés en noir, alors que ceux de la partie sud : la nef et le portail sont en rouge. Si l’on se reporte à la description de l’ancienne église de 1846 qu’en a fait Ogier, on voit qu’elle ne comportait qu’une seule nef voûtée et deux chapelles latérales, on peut donc en déduire que la partie noire du plan correspond à l’ancien édifice et que la rouge représente l’agrandissement prévu, ce que confirmerait la présence de quatre piliers intérieurs figurant en rouge sur le plan et dont on retrouve la présence dans le devis.
Finalement on connaît au centime près le coût de la modification apportée à l’église, mais on est incapable de dire en quoi consiste cette modification, ce qui est bien regrettable.

Née avec le siècle, notre église est toujours solidement assise sur les sols mouvants qui ont donné tant de soucis à l’architecte. A diverses époques elle a subi d’autres transformations, et des embellissements qui en ont fait ce qu’elle est aujourd’hui et lui ont permis de franchir sereinement son premier siècle.

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