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L'église actuelle

Charbonnières et ses églises

Ce que nous allons lire maintenant est extrait des archives paroissiales, l’histoire commence au début du XIXème siècle.

A cette époque, le Concordat obtenu par Bonaparte allait permettre à l’Eglise de recouvrer une partie de ses biens et de ses privilèges dont la Constitution civile du clergé votée en 1790 l’avait privée. Outre la confiscation de tous ses biens au profit de l’Etat, ce régime ordonnait l’élection des évêques et des curés par les citoyens actifs et leur rémunération par l’Etat, s’ils avaient prêté serment à la Constitution.

A Charbonnières, ce petit domaine avait autrefois été vendu à cinq citoyens, à présent il devait être racheté par la commune et mis à la disposition du desservant. Le prix en avait été fixé à ce qu’il en avait coûté aux acquéreurs plus les frais et la valeur des constructions nouvelles, soit 3000 livres. En outre, le traitement du curé devait être augmenté et les frais d’ameublement du presbytère pris en charge par la commune.

Face à cette avalanche de dépenses aussi impératives qu’imprévues, Mathieu Trouillet, le maire d’alors, incapable de faire face avec son maigre budget décida, avec l’accord de son conseil municipal de faire appel à la population, solution à laquelle la municipalité aura souvent recours dans les moments difficiles que connaîtra la toute nouvelle commune qui, à l’époque ne comptait guère plus de 200 habitants.

En 1804 Charbonnières va être honorée de la visite d’un éminent personnage qui autrefois se déplaçait bien moins que ne le font maintenant ses successeurs, le village n’était cependant pas le but du voyage du pape, c’était seulement sa traversée que le desservant d’alors allait livrer à la postérité.

"Ce jourd’huy, 21 novembre 1804, répondant au 10 brumaire an XII, nous, soussigné prêtre desservant la paroisse de Charbonnières, sur invitation à nous faite par MM. les grands vicaires de ce diocèse, et nous, soussignés maire et adjoint sur pareille invitation à nous faite par M. le Préfet du département du Rhône à l’effet d’assembler ladite commune, nous y étant conformés, nous nous sommes rendus processionnellement par le grand chemin tenant de Lyon à Latour pour assister au passage du Souverain Pontife, la postérité aura le regret de ne pas avoir vu la douce consolation que nous y avons éprouvée, Pie VII, escorté de gens d’armes a fait arrêter sa voiture près de nous, le prêtre soussigné lui a présenté la navette pour bénir l’encens, ce qu’il a fait avec la dignité pontificale, le prêtre s’est empressé de mettre de l’encens dans l’encensoir et à donner à ce geste commun aux fidèles, les trois coups d’encensoir, deux coups aux cardinaux qui étaient dans la même voiture.
Cette cérémonie faite, il a été lu par le prêtre desservant à haute et intelligible voix l’oraison "Oremus propontifice Pio Dominis conservet eum vivificet eum, et beatum faciat im terra et non trafat eum in animam inimicorum"(1).
Cela fait, le Souverain Pontife s’est levé, a paru sur la portière de sa voiture et a porté ses regards paternels sur le peuple assemblé et lui a donné la bénédiction pontificale, le contentement qu’il avait intérieurement paraissait à (mot illisible) , il fut, on peut le dire, charmé de cet empressement qu’il a découvert en nous. Le regret de ceux qui n’ont point paru à la cérémonie doit être inexprimable. Cette visite n’est point commune puisque l’histoire nous dit que depuis plusieurs siècles le Souverain Pontife n’a point paru dans nos contrées, nous devons cet avantage au couronnement de Napoléon Bonaparte Empereur des Français.
Fait à Charbonnières ce jour, mois et an que dessus - Ducat, prêtre desservant Charbonnières."

C’était en effet pour se rendre à Paris le 2 décembre 1804 pour y sacrer Napoléon Bonaparte Empereur des Français, que Pie VII avait entrepris à 64 ans ce long et pénible voyage en période hivernale, ce dont l’Empereur ne lui sut apparemment aucun gré par la suite ; il est vrai que le pape avait refusé de participer au Système continental que Napoléon 1er voulait installer en Europe. Furieux de cette opposition, l’Empereur le fait enlever, le retient captif à Fontainebleau et confisque les Etats pontificaux en 1808.

Ce n’est qu’en 1814, à la chute de l’Empire, que Pie VII pourra regagner Rome et recouvrer ses Etats dont il sera à nouveau chassé en 1815, mais par Murat cette fois. Ces persécutions n’empêcheront pas le pape, magnanime, d’intercéder auprès des cours d’Europe en faveur du captif de Sainte-Hélène et d’accueillir sa famille à Rome, de plus il se refusera toujours à des représailles politiques.

Pendant ce temps, faute d’entretien et de moyens financiers, l’état de notre église se dégradait rapidement, et de plus elle devenait trop petite pour accueillir la foule de fidèles qui augmentait d’année en année pendant la saison des Eaux. En mai 1836 on avait pensé qu’avec 5000 francs de réparations payables en sept ans, et encore avec l’aide du préfet, on pourrait s’en sortir. Sur ces entrefaites le maire démissionne, son successeur, Louis Largeron, hérite d’une lourde succession avec l’église dont l’agrandissement et les réparations ne pourraient être envisagées qu’avec une participation importante du préfet à qui il est demandé d’intervenir auprès du ministre des Cultes dans ce sens.

Eglise de Charbonnières

Après de longues et nombreuses palabres la seule solution au problème ne peut que résider dans la démolition et la reconstruction complète de l’église. C’est finalement la décision qui sera prise à la suite de laquelle s’ouvrira un chantier qui va durer six ans et coûtera les yeux de la tête. Faute de détails, tant sur les travaux que sur leur financement, il semble que la nouvelle église aurait coûté 30000 francs, avec seulement une participation extérieure de 3000 francs. On ignore également tout des cérémonies organisées pour sa consécration et son inauguration.

Heureusement un chroniqueur en donne une description : "Située sur une pente dominant le vallon, l’église est de construction moderne, d’ordre byzantin et ogival mixte. Elle est construite sur les ruines d’une ancienne chapelle et ne comprend qu’une nef voûtée et deux chapelles latérales. On y remarque un assez joli autel en une espèce de stuc qui imite parfaitement le marbre ; aux quatre coins sont représentés les quatre Evangélistes, et sur le devant, les trois vertus théologales du même genre".
Après toutes ces années d’offices religieux célébrés à la sauvette, les Charbonnois disposent maintenant d’une belle église toute neuve qui permet d’espérer des jours exempts de problèmes.
Las ! Doucement, ne vient-on pas de constater que le presbytère est dans un tel état de délabrement qu’il n’est même plus en état d’être réparé, et ce précisément au moment où un nouveau prêtre vient d’être affecté à la paroisse. Pour le loger, le maire propose l’achat d’une petite maison que la fabrique(2) seule n’est pas en état de payer, elle sera néanmoins acquise avec l’aide municipale. Et c’est une fois l’affaire conclue que l’on constatera que cette petite maison, que tout le monde avait trouvé si bien, s’avère tout à fait inconvenante à servir de logement au nouveau desservant, M. l’abbé Thévenon qui vient d’arriver dans sa paroisse.
Il n’y a pas de lieux d’aisances, pas de puits à eau claire, des chambres à remettre en état, des ouvertures à pratiquer, des placards à aménager, bref, il y a pour 2000 francs de travaux à entreprendre que ni la mairie, ni la fabrique ne sont en état de régler. Finalement, ce sera l’abbé Thévenon, futur occupant des lieux, qui fera l’avance de fonds, le conseil de fabrique s’engageant à lui rembourser la somme en dix annuités moyennant un intérêt de 3%.

A présent que tout semble redevenu normal, profitons-en pour faire un petit tour au village et visiter la nouvelle église qui n’a toujours pas de clocher, serait-ce là la raison qui incite les villageois à lever plus souvent les yeux au ciel quand ils passent devant ? C’est alors que le conseil de fabrique se souvient d’un legs de 1000 francs fait en 1848 par M. Bonnepart, ancien adjoint, pour l’achat d’une cloche qui, faute de clocher, n’a encore pu être utilisée.
Considérant que pendant plus de 30 ans la commune n’a pu accomplir la volonté du donateur, que le campanile qui n’abrite toujours qu’une petite cloche fêlée est en très mauvais état, la fabrique estime que le moment est venu de réaliser enfin le vœu de M. Bonnepart.
Alors, par une opération de refonte et d’ajout de métal, la petite cloche fêlée de 50 kilos devint une belle cloche de 298 kilos sonnant clair qui fut installée dans le clocher provisoire. La facture du fondeur qui s’élevait à 1001 francs 44, généreusement ramenée à 1000 francs, fut adressée pour règlement à la mairie qui n’avait pas encore lâché le legs. Quant au clocher, il coûta 2500 francs à la fabrique qui s’en acquitta par paiements échelonnés.

Puis le 10 juillet 1884 ce fut le baptême et la bénédiction de la cloche qui reçut les noms de « Jeanne, Françoise, Nathalie » comme l’avait souhaité le donateur par testament. Le parrain fut M. Jean-Baptiste Audras-Chevenoz, conseiller municipal, Directeur de la Compagnie des Assurances du Nord, la marraine, Madame Françoise Nathalie Courajod, veuve Alfred Girodon.
La bénédiction fut célébrée par Sa Grandeur Monseigneur Dubuis, évêque de Galveston, assisté de Monseigneur Pagnon, prélat de Sa Sainteté Léon XIII et vicaire général du diocèse de Lyon. Avaient également prêté leur concours : MM. Breul, chanoine de Galveston et aumônier des Religieuses de Marie-Thérèse, Berjon, curé de Charbonnières, Cony, prêtre retiré dans la commune, Prost, professeur aux Minimes donnant la troisième messe durant l’été.

Supprimées lors de la Révolution, les fabriques seront rétablies et réorganisées par le Premier Consul et fonctionneront comme établissements civils ; elles seront pourvues d’un Conseil de fabrique, assemblée délibérante, et d’un organisme d’exécution : le bureau des marguilliers. A l’exception du curé et du maire, membres de droit, les fabriciens étaient d’abord nommés par l’évêque et le préfet, puis se recrutaient ensuite par élection, ils étaient renouvelables par moitié tous les trois ans.
La loi du 5 avril 1884 obligea les communes à pourvoir, en cas d’insuffisance de ressources de la fabrique, aux grosses réparations des églises et des presbytères s’ils leur appartenaient, elles devaient également loger le curé ou lui servir une indemnité de logement.
Quand fut votée la loi du 5 décembre 1905 relative à la séparation des églises et de l’Etat les fabriques furent supprimées et remplacées par des associations cultuelles, leurs biens devaient revenir à ces associations si elles étaient constituées, dans le cas contraire ils étaient versés aux Bureaux d’assistance et de bienfaisance des communes ou, à défaut, revenaient à l’Etat, ce qui motiva parfois des familles de donateurs à récupérer leurs dons.


(1) – Prions pour notre Pontife Pie VII, Seigneur conserve-le et rends-le et fais qu’il soit heureux sur terre et ne tombe pas aux mains de ses ennemis.
(2) - La fabrique désignait autrefois l’organisme chargé de l’administration des biens de la paroisse. Lorsque furent instituées les fabriques paroissiales en 1311, on appela marguilliers, ou fabriciens, les dignitaires de la fabrique. Les marguilliers, qui pouvaient être des religieux, avaient la charge du registre dans lequel étaient inscrits les pauvres secourus par le curé, mais les fabriciens étaient des laïcs.

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